Représentation de Zéphyr, le vent de l’ouest de la mythologie grecque - AI generated
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Zéphyr, l’incarnation du vent de l’ouest dans la mythologie grecque, est bien plus qu’une simple brise printanière. Ce dieu, qui apporte douceur et renouveau à la nature après l’hiver, a joué parfois un rôle clé dans les mythes grecs. Découvrez ses origines et le rôle qu’il a joué dans certaines légendes.

Représentation de Zéphyr, le vent de l’ouest de la mythologie grecque - AI generated

I. Origines et famille de Zéphyr

Pour comprendre Zéphyr, il faut d’abord remonter à ses origines. Selon Hésiode dans Théogonie, Zéphyr est l’un des enfants d’Astréos, le Titan des étoiles et des cieux, et d’Éos, la déesse de l’aurore. Ce lignage confère à Zéphyr une essence divine liée à la fois aux éléments terrestres et à l’immensité cosmique. Mais Zéphyr n’est pas seul dans cette famille divine des vents. Il partage son héritage avec ses trois frères :

  • Borée : le vent du nord, souvent associé à l’hiver et à des bourrasques glaciales.
  • Notos : le vent du sud, porteur des pluies estivales.
  • Euros : le vent de l’est, lié à l’automne et parfois perçu comme instable.

Ensemble, ces quatre frères forment les Anémoi, les dieux des vents, qui régissent les directions cardinales et influencent les climats. Mais parmi eux, Zéphyr se distingue par son caractère apaisant et sa nature bienveillante. Alors que Borée est souvent associé à des tempêtes violentes, Zéphyr représente la transition vers des temps plus cléments. Dans l’art, il est figuré sous les traits d’un jeune homme ailé, souvent nu ou vêtu légèrement, parfois accompagné de fleurs ou de symboles de fertilité.

II. Les légendes qui l’entourent

L’un de ses récits les plus poignants est celui de Hyacinthe, le jeune prince spartiate, d’une beauté éclatante. Épris de lui tout comme le dieu Apollon, Zéphyr vit son amour repoussé. Rongé par la jalousie, il détourna d’un souffle le disque qu’Apollon lançait à Hyacinthe, causant accidentellement la mort de ce dernier. Ce geste, à la fois tragique et impulsif, révèle un aspect plus sombre de Zéphyr, pourtant souvent associé à la douceur printanière. Le mythe inspirera des poètes comme Nonnos et même John Keats, qui dépeint un Zéphyr « pénitent », caressant la fleur née du sang d’Hyacinthe.

Un autre récit important est celui d’Éros et Psyché, rapporté par Apulée. Zéphyr joue ici un rôle de messager amoureux : c’est lui qui transporte Psyché, abandonnée au sommet d’une falaise, jusqu’au palais invisible d’Éros. Plus tard, c’est encore lui qui permet aux sœurs de Psyché de lui rendre visite.

Dans l’Iliade, Zéphyr est convoqué par Achille, aux côtés de Borée, pour attiser le bûcher funéraire de Patrocle. Iris, messagère divine, transmet l’appel aux deux vents, qui soufflent toute la nuit sur le feu sacré. Dans l’Odyssée, c’est encore Zéphyr qui permet à Ulysse, après son séjour chez Éole, de se rapprocher d’Ithaque, jusqu’à ce que ses compagnons, par ignorance et cupidité, libèrent les vents enfermés. Le navire est alors repoussé, et Éole refuse d’accorder à nouveau l’aide du doux vent d’ouest.

Enfin, dans la littérature romaine, Zéphyr est parfois convoqué pour provoquer ou apaiser les tempêtes. Dans l’Énéide, Neptune le réprimande après qu’il ait contribué à une tempête causée par Junon contre Énée. Ainsi, même lorsqu’il agit en coulisses, Zéphyr est associé à des épisodes décisifs, où sa puissance, bien que modérée par rapport à celle de Borée, est loin d’être négligeable.

III.Ses amours et sa descendance

Zéphyr est l’un des dieux les plus prolifiques et romanesques parmi les Anémoi, multipliant les amours avec des divinités, des nymphes, voire des créatures hybrides. L’union la plus emblématique est celle qu’il forme avec Chloris, la nymphe des fleurs. Selon le mythe, Zéphyr, rival de son frère Borée, enlève Chloris et en fait son épouse. À son contact, elle devient la déesse des fleurs et du printemps — Flora dans la tradition romaine. Leur fils Carpos, dont le nom signifie « fruit », personnifie l’épanouissement végétal issu de leur union. Le destin de Carpos est tragique : amoureux du jeune Calamos, il se noie dans le Méandre. Calamos, accablé de chagrin, se laisse mourir à son tour et est transformé en roseau. Ce mythe lie la descendance de Zéphyr aux cycles de la vie, de la perte et de la nature.

Il a également pour amante Podargé, une Harpie métamorphosée en jument. De cette union naissent deux célèbres chevaux immortels : Balios et Xanthos, offerts à Pélée lors de son mariage avec Thétis, puis transmis à Achille. Ces chevaux, rapides comme le vent, accompagnent le héros sur le champ de bataille pendant la guerre de Troie. Ils sont même dotés de parole : dans un passage émouvant de l’Iliade, Xanthos prophétise la mort prochaine d’Achille. D’autres traditions attribuent également à Zéphyr la paternité de Phlogéos et Harpagos, chevaux des Dioscures, renforçant encore l’association du vent d’ouest à la vitesse et à la force.

Selon certaines versions, il est aussi l’époux de Iris, la déesse de l’arc-en-ciel et messagère des dieux. Leur fils serait Pothos, incarnation du désir amoureux, compté parmi les Érotes. D’autres traditions encore attribuent à Iris et Zéphyr la naissance du dieu Éros lui-même, bien que ce dernier soit plus souvent considéré comme le fils d’Aphrodite et Arès. Ce lien entre Zéphyr et les forces du désir renforce son image de vent printanier porteur de fécondité et d’éveil des passions.

IV. Zéphyr dans la culture et l’art

Ce dieu du vent de l’ouest a laissé une empreinte durable dans la culture occidentale, bien au-delà de la mythologie antique. Son nom, devenu commun, désigne une brise légère dans plusieurs langues, et l’image du vent d’ouest doux et porteur de renouveau traverse la poésie, la peinture et même la musique. Il inspire les vers de Virgile et de Sénèque, mais aussi Jean de La Fontaine, qui oppose sa douceur à la violence de Borée dans Le Chêne et le Roseau. En iconographie, Zéphyr est souvent représenté portant Psyché ou enlacé avec Flore, notamment dans Le Printemps et La Naissance de Vénus de Botticelli. Dans la peinture baroque, Tiepolo le met en scène aux côtés de Flore. Son image a été réinterprétée comme symbole d’amour, de transition, de renouveau et même de liberté. En astronomie, en littérature romantique ou dans les arts décoratifs, Zéphyr incarne la délicatesse du souffle vital qui anime la nature au retour du printemps.

Le culte de Zéphyr remonte à l’époque mycénienne, comme l’atteste la mention du nom Zepu₂ro sur les tablettes en linéaire B retrouvées à Cnossos. On y mentionne également une prêtresse des Vents. À Athènes, il possédait un autel et figurait sur la frise de la Tour des Vents, un monument octogonal du Ier siècle av. J.-C. où chaque face est consacrée à une divinité du vent. Son culte s’inscrivait dans un contexte agraire : on priait Zéphyr pour qu’il apporte les brises fertiles au printemps, mais aussi pour qu’il retarde ou adoucisse ses souffles si ceux-ci menaçaient les cultures. Des sacrifices lui étaient donc offerts selon les saisons et les besoins climatiques. En tant que messager du renouveau, il était naturellement vénéré dans les cités attachées aux cycles agricoles. À la différence de son frère Borée, célébré pour sa puissance guerrière, Zéphyr est davantage une divinité rurale et pastorale, liée à la fécondité de la terre.