Représentation de Borée, le vent du Nord dans la mythologie grecque - AI generated
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Représentation de Borée, le vent du Nord dans la mythologie grecque - AI generated

Imaginez un souffle glacial, puissant et implacable, dévalant les montagnes et traversant les plaines. Ce souffle, c’est Borée, la personnification du vent du nord dans la mythologie grecque. Symbole de l’hiver rigoureux et des tempêtes déchaînées, Borée occupe une place importante parmi les divinités des Anémoi. Qui était-il vraiment ? Quelle était sa mission, et quelles histoires fabuleuses entourent son existence ?

I. Origines et Famille de Borée : un héritage céleste

Borée, comme ses frères Zéphyr (vent de l’ouest), Notos (vent du sud) et Euros (vent de l’est), est né des Titans Astréos, dieu des étoiles, et Éos, déesse de l’aurore. Ensemble, ces divinités formèrent les Anémoi, incarnations des vents qui façonnent le climat et influencent les destinées humaines.

Dans les représentations classiques, il est souvent décrit comme un homme robuste, barbu et ailé. Sa force et son apparence imposante évoquent le froid mordant qu’il apporte. Dans certaines œuvres d’art, il est représenté soufflant à travers une trompette ou tenant un manteau épais, symbole des tempêtes hivernales. Son aspect est une métaphore puissante : le vent du nord, porteur de neige et de froid, était à la fois craint et respecté.

II. Ses amours et sa descendance : l’enlèvement d’Orithye

L’un des mythes les plus célèbres concernant Borée est son enlèvement d’Orithye, la fille du roi athénien Érechthée. Ce récit illustre à la perfection le caractère impétueux de Borée, mais aussi son attachement passionnel. Après avoir tenté en vain de séduire Orithye par des moyens conventionnels, Borée, fidèle à sa nature sauvage, décide de l’enlever.

Une nuit, alors qu’Orithye se promenait le long des rives de l’Ilissos, Borée l’arracha à la terre ferme dans un tourbillon de vent glacial et l’emmena en Thrace, sa demeure. De cette union naquirent quatre enfants :

  • Calaïs et Zétès, les Boréades, célèbres pour leur rôle dans l’expédition des Argonautes. Ces deux frères ailés étaient réputés pour leur rapidité incroyable, héritée de leur père.
  • Cléopâtre, qui devint l’épouse de Phinée, roi de Thrace.
  • Chioné, la déesse de la neige, personnifiant les hivers rigoureux apportés par Borée.

III. Les légendes qui lui sont associées

Outre son rôle dans les mythes familiaux, Borée joue également un rôle crucial dans des événements historiques et légendaires.

A. La légende des juments d’Érichthonios

Une histoire surprenante lui attribue une union avec les juments du roi Érichthonios. Transformé en étalon, il engendra avec elles douze poulains extraordinaires. Ces derniers, si légers et rapides, pouvaient courir sur les épis de blé sans les courber et sur les vagues sans les troubler.

B. Les funérailles de Patrocle

Un épisode marquant est rapporté dans l’Iliade : lors des funérailles de Patrocle, le bûcher reste désespérément éteint. Achille prie alors les vents pour qu’ils attisent les flammes. Iris, messagère des dieux, convoque Borée et Zéphyr. Interrompant leur festin en Thrace, les deux frères volent jusqu’à Troie et soufflent toute la nuit sur le bois, faisant rugir le feu en un hommage grandiose au compagnon d’Achille.

C. Son intervention lors des guerres médiques

Lors de l’invasion perse, les Athéniens, suivant un oracle de Delphes, offrent un sacrifice à leur « gendre », Borée, qui répond en détruisant la flotte de Xerxès au large de l’Artémision. En remerciement, les Athéniens lui dédient un temple près de l’Ilissos et instituent des fêtes annuelles en son honneur. Ce lien entre mythe et histoire permet à Borée d’intégrer la mémoire civique athénienne comme un protecteur providentiel.

D. Le sauvetage de Léto

Borée intervient aussi dans un épisode moins connu mais fascinant : à la demande de Zeus, il sauve Léto, enceinte d’Apollon et Artémis, de la persécution de Python, le serpent envoyé par Héra. Il l’emmène auprès de Poséidon qui, en la dissimulant sur l’île d’Ortygie, lui permet d’accoucher à l’abri. Ce rôle salvateur, peu évoqué dans les sources classiques, montre une autre facette de Borée, capable d’être un messager providentiel du destin divin.

E. Sirius et Opóra

Et pour finir, Borée est associé à un épisode étiologique concernant Sirius et Opóra. Lorsque Sirius, incarnation de l’étoile ardente, provoque une sécheresse par chagrin amoureux, Borée intervient en envoyant ses fils calmer les éléments.

IV. Son impact sur la culture moderne

L’influence de Borée dépasse les récits antiques. Dans la culture occidentale, il est devenu une allégorie fréquente du froid et de la rudesse hivernale, souvent personnifié dans l’art, la littérature ou la musique. Son image d’entité barbu, ailé, au souffle glacial, a inspiré de nombreuses représentations, de la poterie antique à la sculpture baroque. À Athènes, son souvenir est ancré dans l’urbanisme avec la Tour des Vents où il figure en haut-relief.

Borée a aussi marqué la culture savante : Jean-Philippe Rameau lui consacre son dernier opéra, Les Boréades, où il incarne l’opposition aux passions humaines. Dans le langage moderne, l’adjectif « boréal » — qui signifie « relatif au nord » — conserve la trace directe de ce dieu. Enfin, des concepts scientifiques comme l’« aurore boréale » ou la désignation des « vents boréens » témoignent de la survivance de son nom dans le vocabulaire météorologique contemporain.

En tant qu’Anémos du nord, Borée incarne une force naturelle violente et régulatrice. Il vit en Thrace, région du septentrion, et agit souvent comme une manifestation divine sur ordre des grands dieux, notamment Zeus. Dans la mythologie, Borée n’est pas simplement un élément : il est invoqué, vénéré, et même intégré aux récits politiques et militaires. Lors des guerres médiques, il est honoré comme allié des Athéniens pour avoir fait sombrer la flotte perse. Cette intervention divine lui vaut l’édification d’un temple près de l’Ilissos et des fêtes annuelles. Il est aussi mentionné dans les Hymnes orphiques, où il est prié de disperser les nuées et de purifier l’éther. Bien que plus sauvage et imprévisible que les dieux du panthéon olympien, Borée est reconnu pour son utilité et sa puissance cosmique dans l’ordre naturel du monde.