Représentation des Androctasies, Esprits de la tuerie dans la mythologie grecque - AI generated
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Représentation des Androctasies, Esprits de la tuerie dans la mythologie grecque - AI generated

La mythologie grecque, foisonnante de dieux, de héros et de créatures surnaturelles en tout genre, abrite également des personnifications de concepts abstraits. Parmi elles, les Androctasies, filles de la Discorde (Éris), incarnent la tuerie et le carnage sur les champs de bataille. Ces esprits, bien que méconnus du grand public, sont l’incarnation même de la violence et du chaos qui règnent lors des conflits armés. Mais qui sont réellement ces entités ? Partons à la découverte de ces divinités secondaire.

I. Origine et généalogie des Androctasies

Les Androctasies (du grec ancien Ἀνδροκτασίαι, signifiant « massacres d’hommes ») appartiennent à la vaste descendance d’Éris, la déesse de la Discorde. Selon Hésiode, dans sa Théogonie, Éris enfanta seule une multitude de divinités et d’abstractions néfastes liées aux maux de la guerre et aux souffrances humaines. Parmi leurs frères et sœurs, on retrouve :

  • Ponos (la Peine)
  • Limos (la Faim)
  • Algos (la Douleur)
  • Hysminai (les Mélées)
  • Makhai (les Combats)
  • Phonoi (les Meurtres)
  • Neikea (les Querelles)
  • Dysnomia (l’Anarchie)

Les Androctasies ne sont pas des entités isolées, mais bien des figures s’inscrivant dans une lignée de forces destructrices et belliqueuses. Elles symbolisent un aspect spécifique de la guerre : l’effusion de sang et les morts violentes qui jonchent les champs de bataille.

II. Rôle et symbolisme des Androctasies

Les Grecs anciens percevaient la guerre comme une réalité inévitable, régie par des dieux puissants comme Arès et Athéna. Mais derrière chaque affrontement se cachait une myriade d’esprits et de forces invisibles, chacun personnifiant une facette du conflit. Les Androctasies représentent ainsi :

  • Le carnage sans distinction : Contrairement à Athéna, qui incarne la stratégie et la sagesse militaire, ou même à Arès, symbole de la furie guerrière, les Androctasies sont l’incarnation brute et inhumaine de la tuerie.
  • L’absence de pitié : Elles ne choisissent pas de camp, n’accordent aucune clémence. Elles se nourrissent des cris de douleur et des râles des mourants.
  • La fatalité de la guerre : En tant que filles d’Éris, elles illustrent l’idée que toute guerre, même commencée pour des raisons honorables, dégénère inévitablement en bains de sang.

Leur rôle ne se limite pas aux batailles terrestres. Certains mythes suggèrent qu’elles accompagnent les Keres, esprits ailés de la mort violente, chargées d’emporter les âmes des guerriers tombés.

III. Les légendes qui les entourent

Elles apparaissent notamment dans l’Iliade d’Homère, où leur nom est utilisé au pluriel pour désigner les tueries qui jalonnent le conflit troyen. Plus tard, dans Le Bouclier d’Héraclès, un poème attribué au Pseudo-Hésiode, elles figurent parmi les figures terrifiantes qui ornent l’arme du héros. Ce bouclier, censé inspirer la terreur aux ennemis, est décoré de représentations allégoriques du chaos guerrier : Phobos (la Peur), Kydoimos (la Confusion), Éris (la Discorde), Homados (le Tumulte), et au milieu d’eux, Androktasia, incarnant le massacre inévitable qui découle de la guerre.

Elles n’interviennent pas comme des actrices individuelles mais sont perçues comme une conséquence inéluctable de la violence humaine.

IV. Les amours et leur descendance

Contrairement à d’autres divinités de la guerre comme Arès, les Androctasies ne sont pas associées à des unions divines ou à une descendance. Elles ne forment pas un panthéon autonome, mais sont une prolongation de la nature destructrice de la Discorde, leur mère. Elles n’engendrent pas d’autres êtres, car elles ne sont pas conçues comme des entités évolutives mais comme des forces intemporelles, indissociables de la guerre elle-même. En ce sens, elles se rapprochent de figures telles que Thanatos (la Mort) ou Kérès (les Destinées funestes), des entités qui existent éternellement sans chercher à fonder une lignée.

Les Androctasies, bien qu’oubliées du grand public, trouvent un écho dans les représentations modernes du chaos et de la guerre. Elles symbolisent la déshumanisation des conflits, le carnage aveugle qui transforme les hommes en victimes ou en bourreaux. Cette idée est reprise dans la culture populaire à travers des œuvres illustrant la fureur de la guerre, comme les fresques de Francisco de Goya (Les Désastres de la guerre) ou encore la représentation des batailles dans la littérature et le cinéma.

Leur nom et leur concept résonnent également dans le langage moderne : le terme « androcide », désignant le massacre d’hommes dans un contexte guerrier, rappelle leur signification première.