Représentation de la divinité égyptienne Baâlat - AI generated
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Représentation de la divinité égyptienne Baâlat - AI generated

Dans la riche mythologie égyptienne, les dieux et les déesses occupent une place centrale (le plus souvent en tant que couple), façonnant les récits et les croyances de l’Égypte ancienne. Parmi ces divinités, on retrouve Baâlat, la parèdre du dieu de la guerre Baal. Découvrons le rôle de cette divinité qui, comme beaucoup de ses congénères féminines, disparaissent derrière l’image de leur moitié masculine.

I. Origines de Baâlat

Ses origines sont assez floues. On la présente comme issue d’une généalogie puissante: elle serait la fille de la divinité de la fécondité et de celle du ciel (Hathor/Rê ? Ou Nout/Min?) ). D’autres textes mentionnent qu’il s’agit davantage d’un titre pour la patronne de la ville de Byblos. Dans ce contexte, elle serait également appelée Baâlat Gebal ou la Dame de Byblos, et serait la principale divinité féminine de la cité phénicienne de Byblos. Son nom, dérivé du terme sémitique baʿalat (« Dame »), traduit son statut de divinité tutélaire, directement associée à la ville dont elle porte le nom.

Elle émerge dans un contexte religieux où chaque cité-État avait son propre Baal (seigneur) ou Baalat, version féminine de ce titre divin. Si certains chercheurs ont vu en son nom une simple épithète, d’autres s’accordent désormais à y reconnaître un véritable nom propre, attestant d’un culte unique. Bien que parfois assimilée à des figures comme Astarté, Asherah ou Qudshu, Baâlat Gebal apparaît comme une entité distincte, enracinée dans le panthéon local, avec des liens étroits avec les divinités sémitiques et les influences égyptiennes.

II. Sa représentation dans l’art égyptien

Grâce aux relations étroites entre Byblos et l’Égypte dès l’Ancien Empire, Baâlat Gebal fut rapidement assimilée aux grandes déesses égyptiennes, en particulier Hathor, puis Isis, au point d’être appelée par les Égyptiens « Dame de Byblos » (nbt kpn). Dans l’iconographie, elle apparaît souvent coiffée du disque solaire encadré de cornes de vache, tenant un sceptre ouas, ou vêtue à la manière des déesses égyptiennes, dans une robe moulante. Une stèle du roi Yehawmilk la montre assise sur un trône, dans une posture majestueuse, soulignant son statut de garante du pouvoir royal. On trouve également des représentations d’elle sur des monnaies anciennes ou dans les temples de Byblos, parfois sous forme de bétyles — pierres sacrées coniques marquant sa présence divine.

III. Les légendes qui l’entourent

Peu de mythes spécifiques à Baâlat Gebal nous sont parvenus, mais plusieurs récits l’associent à des figures connues des panthéons orientaux et méditerranéens. Chez les Grecs, elle fut interprétée comme Aphrodite ou Dione, tandis que Philo de Byblos la mentionne comme sœur d’Astarté et de Rhéa dans une cosmogonie où elles tentent de piéger Kronos. Dans cette version, elle devient l’épouse de Kronos (équivalent du dieu El dans le monde phénicien) et se voit attribuer la cité de Byblos comme domaine.

Son lien avec la mer et la fertilité se retrouve dans les rites dédiés à Adon (Adonis), dieu associé à la mort et à la renaissance, célébrés dans son temple. Des inscriptions évoquent également sa présence lors de rituels de guérison, notamment dans un texte égyptien tardif où elle est invoquée pour soigner un empoisonnement aux côtés d’Isis et de Serket.

Le temple de Baâlat Gebal, édifié vers 2800 av. J.-C., se dressait au cœur de Byblos et fut en activité durant près de deux millénaires, jusqu’à l’époque romaine. Il s’agissait du principal sanctuaire de la ville, régulièrement enrichi par des pharaons égyptiens (vases, haches de bronze, scarabées), témoignant de la ferveur du culte et des échanges diplomatiques entre Byblos et l’Égypte. Le roi Rib-Addi mentionne fréquemment Baâlat dans ses lettres d’Amarna, priant pour que la déesse protège le pharaon — une pratique unique dans la correspondance de l’époque. Des reines ou prêtresses comme Ummaḫnu auraient même joué un rôle diplomatique via leur lien avec le temple. Ce dernier constituait un centre politique, religieux et commercial d’envergure, point de contact spirituel entre les cultures méditerranéennes. Des objets votifs comme des figurines en métal, des bétyles et des inscriptions royales témoignent de la richesse et de la pérennité du culte, lequel aurait rayonné bien au-delà du Liban antique.